La classe a fini de copier la leçon, votre enfant en est à la troisième ligne. Vous retrouvez le soir des exercices commencés et jamais terminés, ou une phrase qui s’arrête au milieu d’un mot. L’enseignant vous dit qu’il travaille bien, mais qu’il n’a pas le temps.

C’est une des difficultés les plus fréquentes, et c’est aussi une des plus mal comprises, parce qu’elle ressemble à un caractère. On dit d’un enfant qu’il est lent comme on dirait qu’il est rêveur, alors que la lenteur d’écriture est presque toujours un symptôme, et qu’elle se travaille.

C’est aussi l’un des motifs qui amènent le plus souvent les familles à se demander si leur enfant écrit mal au sens propre du terme, ou s’il prend simplement son temps.

Écrire lentement n’est pas écrire tranquillement

Un enfant qui écrit lentement n’a pas choisi un rythme confortable. Dans la très grande majorité des cas, il écrit aussi vite qu’il en est capable, et cela lui coûte déjà beaucoup.

Écrire est un geste appris, qui met des années à devenir automatique. Tant qu’il ne l’est pas, chaque lettre demande une décision consciente : par où je commence, dans quel sens je tourne, où je m’arrête, comment j’enchaîne avec la suivante. Cela occupe une place considérable dans sa tête, et cette place n’est plus disponible pour le reste.

C’est pour cette raison qu’un enfant lent à écrire est souvent aussi un enfant qui fait des fautes qu’il ne fait pas à l’oral, qui oublie la moitié de la consigne, et qui met deux heures à faire trente minutes de devoirs. Ce n’est pas trois problèmes différents, c’est le même problème vu sous trois angles.

Quand la lenteur s’accompagne de douleur, le signal est encore plus net, et c’est le sujet de l’article sur la douleur à la main quand il écrit.

Ce qu’on mesure vraiment quand on chronomètre

En bilan, je mesure la vitesse d’écriture, et je la compare à ce qu’on attend d’un enfant de sa classe. Cette comparaison est la seule chose qui compte, parce qu’un chiffre seul ne veut rien dire : un enfant de CE1 et un enfant de CM2 n’écrivent pas au même rythme, et les attendus sont établis par niveau.

Ce que cette mesure apporte à un parent, ce n’est pas un jugement. C’est un ordre de grandeur. Elle permet de dire si l’écart est léger, et se rattrapera avec le temps, ou s’il est tel que l’enfant ne peut matériellement pas suivre une journée de classe.

Beaucoup de parents découvrent à ce moment que leur enfant n’était pas en train de traîner. Il tenait un rythme intenable depuis des mois, et il faisait bien plus d’efforts qu’on ne le croyait.

La cause à laquelle personne ne pense : combien de lettres il prend d’un seul regard

Quand un enfant copie une phrase du tableau ou de son livre, il ne la lit pas lettre par lettre, en principe. Il en prend un morceau, il le garde en tête, il l’écrit, puis il retourne chercher le morceau suivant.

Ce morceau a une taille, et cette taille augmente avec l’âge. Un enfant de début de primaire ne prend que quelques lettres à la fois. Un enfant de fin de primaire prend souvent la phrase entière. Entre les deux, la progression est régulière, et il existe un attendu pour chaque niveau de classe, que je vérifie au bilan.

L’écart que cela produit est considérable. Pour recopier exactement la même phrase, un enfant qui la prend d’un seul regard lève les yeux une fois. Un enfant resté à quelques lettres lève les yeux cinq ou six fois. Un enfant qui copie lettre par lettre, et cela existe, lève les yeux autant de fois qu’il y a de lettres.

À chaque aller-retour, il doit retrouver où il en était, sur le tableau comme sur sa feuille. Il perd sa ligne, il saute un mot, il recommence. Sa main n’est pas lente, c’est sa façon de prendre l’information qui l’est.

C’est une des choses que je regarde systématiquement, parce qu’elle change complètement ce qu’il faut travailler. Un enfant dont le geste est correct mais qui copie par toutes petites tranches n’a pas besoin du même travail qu’un enfant dont la main se crispe.

Pourquoi lui demander d’accélérer ne sert à rien

C’est le réflexe de tout le monde, à la maison comme à l’école. On lui dit de se dépêcher, on le chronomètre, on transforme la copie en défi.

Cela fonctionne quelques lignes. Un enfant peut accélérer volontairement, mais il le fait en sacrifiant autre chose, et c’est en général la lisibilité qui part la première. Vous obtenez alors une écriture plus rapide et illisible, ce qui ne résout rien et lui donne le sentiment d’avoir échoué deux fois.

Le chronomètre pose un autre problème quand il arrive trop tôt. Il installe une pression sur le seul domaine où l’enfant se sait déjà en difficulté, et beaucoup finissent par refuser purement et simplement d’écrire. Sur un geste qui n’est pas encore construit, il ne fait que lui confirmer ce qu’il craint déjà.

Cela ne veut pas dire qu’il ne sert à rien. Je m’en sers moi-même, mais en fin de rééducation, lorsque l’enchaînement des lettres est devenu efficace. À ce moment-là, l’enfant a réellement de quoi aller plus vite, et le chronomètre change de nature : il se mesure à lui-même et il voit le chemin parcouru, au lieu de subir un contrôle. C’est une question de moment, pas d’outil.

Ce qui fait réellement gagner de la vitesse, c’est l’automatisation du geste. Un geste fluide, avec des liaisons qui s’enchaînent sans lever le crayon à chaque lettre, libère l’attention, et la vitesse arrive d’elle-même, sans que l’enfant ait l’impression de forcer. C’est toujours dans cet ordre, jamais dans l’autre.

Par où commencer

Commencez par arrêter de lui demander d’aller plus vite, et par arrêter de le chronométrer à la maison. Vous ne perdez rien, puisque cela ne produisait rien de durable. Le chronomètre reprendra sa place plus tard, quand les lettres s’enchaîneront bien, et il sera alors une bonne nouvelle pour lui.

Regardez ensuite comment il s’y prend pour copier. Installez-vous à côté de lui pendant qu’il recopie trois lignes, et comptez simplement combien de fois il lève les yeux. Vous saurez en deux minutes si le problème est dans sa main ou dans sa façon de prendre le texte.

Travaillez enfin la fluidité plutôt que la vitesse, dix minutes par jour. Des gestes amples, des enchaînements, des boucles qui ne s’arrêtent pas, plutôt que des lignes de lettres isolées. Ce qui compte est la continuité du mouvement.

Une partie de la lenteur vient aussi de la crispation, parce qu’une main qui serre trop fatigue vite et ralentit. J’ai réuni dans un guide gratuit les sept observations que je fais pendant un bilan, dont un test simple pour savoir si votre enfant force trop sur son crayon.

Si l’écart de vitesse est important, s’il dure depuis plus d’une année scolaire, ou si votre enfant commence à éviter tout ce qui demande d’écrire, un bilan permet de savoir précisément d’où vient la lenteur. C’est la seule façon de ne pas travailler au hasard, et le déroulement d’une prise en charge est décrit sur la page à quoi s’attendre.

En résumé

  • Un enfant qui écrit lentement écrit presque toujours aussi vite qu’il le peut.
  • La lenteur, les fautes et les devoirs interminables sont souvent le même problème.
  • La vitesse se compare à ce qu’on attend de sa classe, jamais dans l’absolu.
  • La façon de prendre le texte pour le copier explique une grande partie des cas.
  • On ne gagne pas de la vitesse en accélérant, on en gagne en rendant le geste fluide.

Questions fréquentes

À partir de quand la lenteur devient-elle anormale ?

Il n’y a pas de seuil qui vaudrait pour tous les enfants. Ce qui doit vous alerter est l’écart avec la classe lorsqu’il persiste plus d’une année scolaire, et surtout le retentissement : un enfant qui ne finit jamais, qui abandonne en cours d’exercice ou qui redoute la copie est en difficulté, quel que soit le chiffre.

Faut-il le faire s’entraîner au chronomètre à la maison ?

Pas tant que le geste n’est pas construit. À ce stade, il met la pression exactement là où elle fait le plus de dégâts. En revanche il a toute sa place en fin de parcours, quand l’enchaînement des lettres est devenu efficace : l’enfant se mesure alors à lui-même et constate ses progrès. C’est ainsi que je l’utilise en cabinet, et c’est en général un moment qu’il attend.

L’ordinateur est-il une solution ?

C’est une aide précieuse dans certaines situations, en particulier au collège, et elle peut être prévue dans un aménagement scolaire. Ce n’est pas une rééducation pour autant, et les deux ne s’opposent pas : on peut très bien reprendre le geste et utiliser le clavier pour les longs devoirs pendant ce temps.

Est-ce que cela veut dire qu’il est dysgraphique ?

Pas nécessairement. La lenteur est un des signes possibles de la dysgraphie, mais elle peut venir d’un geste simplement en retard, d’une mauvaise tenue de l’outil, d’une fatigabilité ou d’une difficulté de copie. C’est précisément ce que le bilan sert à distinguer.

Est-ce qu’on peut encore y faire quelque chose au collège ?

Oui. C’est même souvent au collège que la demande arrive, parce que la prise de notes rend le problème impossible à contourner. Le geste se rééduque à tout âge, y compris chez l’adulte.