Beaucoup d’enfants que je reçois ont déjà trois rendez-vous dans la semaine : l’orthophoniste, le psychomotricien et l’ergothérapeute. Ces séances tombent le mercredi, ou pendant le temps scolaire, ce qui oblige à sortir l’enfant de sa classe.

Alors quand on vous parle de graphothérapie, votre première question n’est pas de savoir si cela pourrait l’aider. C’est de savoir où vous allez la mettre.

Ce que les parents me disent

« On n’arrive déjà pas à faire les devoirs. Comment voulez-vous qu’on ajoute une routine d’écriture tous les jours ? »

C’est la remarque qui revient le plus souvent, et elle est juste. Je préfère donc y répondre avec des chiffres plutôt qu’avec des principes.

Ce n’est pas un rendez-vous de plus chaque semaine

Une rééducation de l’écriture demande en moyenne six à sept séances. Elles sont espacées de trois semaines à un mois. Cela fait environ une séance par mois, sur à peu près sept mois. Une séance dure de trois quarts d’heure à une heure.

C’est la principale différence avec les suivis que votre enfant a déjà, qui fonctionnent le plus souvent au rythme d’une séance par semaine sur toute l’année scolaire. Vous n’ajoutez pas un quatrième rendez-vous à votre semaine, vous ajoutez un rendez-vous à votre mois.

Les dix minutes par jour

Le travail réel se passe à la maison, et il tient en dix minutes par jour.

Ces dix minutes ne sont pas des lignes d’écriture à recopier. Ce sont des mouvements des doigts et du corps, debout ou assis, puis un passage sur le papier, soit à la verticale, soit installé à un bureau. C’est la mobilité de la main qui se travaille d’abord, avant la lettre elle-même, pour les raisons que j’explique dans Mon enfant a mal à la main quand il écrit.

Trois moments fonctionnent bien, d’après ce que les familles me rapportent :

  • le matin avant l’école, les jours où il y a le temps ;
  • juste après le goûter, avant les devoirs ;
  • pendant les devoirs eux-mêmes, quand la rééducation a assez avancé.

Ce dernier moment est celui qui change tout. Au début, les dix minutes s’ajoutent aux devoirs. Quand les gestes commencent à passer dans l’écriture courante, ils se font pendant les devoirs, et il n’y a plus rien à caser dans la journée.

Les jours où il est trop fatigué

La fatigabilité est ce qui met le plus les enfants en difficulté quand ils enchaînent les prises en charge. Après une journée de classe et une séance chez un autre professionnel, il reste peu de disponibilité pour un exercice de plus.

Ces jours-là, on ne saute pas, on raccourcit. Quelques minutes valent mieux qu’une séance complète imposée à un enfant épuisé, et surtout mieux qu’un soir de conflit autour de l’écriture.

Faut-il finir l’orthophonie d’abord ?

Quand c’est possible, oui, je conseille de privilégier l’orthophonie.

Mais les délais d’attente sont longs et votre enfant peut rester des mois sur une liste. Dans ce cas, il n’y a pas de raison d’attendre pour l’écriture. La graphothérapie peut tout à fait démarrer pendant cette attente.

Et si c’est vraiment trop en ce moment

Il y a une autre réponse, et je la donne souvent : vous pouvez attendre.

Laissez les prises en charge en cours produire leurs effets, et revenez ensuite, quand la charge de la semaine se sera allégée. Je ne fixe pas d’échéance. Ce sont les parents qui savent quand le moment est bon, pour eux et pour leur enfant.

Ce n’est pas renoncer. C’est éviter d’empiler quatre suivis sur un enfant déjà fatigué, ce qui est le meilleur moyen de le voir décrocher de tous.

En résumé

  • Six à sept séances de trois quarts d’heure à une heure, espacées de trois semaines à un mois, soit environ sept mois.
  • Dix minutes par jour à la maison, qui finissent par se fondre dans les devoirs.
  • Les jours de fatigue, on raccourcit au lieu de sauter.
  • Si l’orthophonie est accessible tout de suite, elle passe devant. Sinon, l’écriture peut commencer.
  • Et si la semaine est déjà pleine, il est parfaitement légitime de revenir plus tard.

Je reçois à Carcès et à Draguignan. Le premier rendez-vous est un bilan, qui permet de voir ce qui coince dans le geste et de vous dire ce que la rééducation demanderait, avant que vous ne décidiez quoi que ce soit.