Votre enfant repose son stylo, secoue sa main, et vous dit qu’il a mal. Parfois à la fin des devoirs, parfois bien avant. Vous lui demandez de mieux tenir son crayon, il se reprend deux minutes, et tout recommence.

Cette douleur n’est pas normale et elle n’est pas une question de volonté.

Où ça fait mal

Les doigts d’abord, puis la main et le poignet. Parfois l’épaule.

Cela arrive à tout âge, y compris chez des enfants dont la tenue de crayon semble tout à fait correcte. C’est ce qui surprend le plus les parents : il suffit d’un déséquilibre des doigts sur le crayon pour que les tensions s’installent. Une tenue peut ressembler à celle du manuel et faire mal quand même.

Le plus souvent, c’est le pouce

Quand j’observe une main qui écrit, c’est la première chose que je regarde. Et le pouce est presque toujours en cause, de trois façons :

  • il repasse par-dessus l’index,
  • il se cache sous l’index,
  • c’est le plat du pouce qui appuie, au lieu du bout du pouce.

Dans les trois cas, le pouce bloque au lieu de guider. Les autres doigts compensent, ils serrent davantage, et la tension remonte dans la main puis dans le poignet.

À quoi ressemble une tenue correcte, alors ? Je la décris en détail dans Quand apprendre et comment tenir un crayon ? : c’est celle du « 1 2 3 soleil », où le pouce est bien plié et bien rond.

Pourquoi lui dire de mieux tenir son crayon ne suffit pas

« J’ai beau lui dire de changer sa tenue, il n’y arrive pas. » C’est la phrase que j’entends le plus souvent. Et bien souvent, les parents ont déjà acheté un guide-doigts ou un stylo ergonomique, sans résultat.

C’est normal. Un guide-doigts place les doigts, il ne les rend pas mobiles. Une tenue ne tient pas parce qu’on l’impose de l’extérieur : elle tient quand la main est capable de la maintenir sans forcer. Tant que les doigts manquent de mobilité, l’enfant revient à sa tenue habituelle dès qu’il cesse de penser à sa main, c’est-à-dire dès qu’il se concentre sur ce qu’il écrit.

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

Lui répéter qu’il ne fait pas d’effort.

Il en fait, et beaucoup. Écrire lui coûte déjà plus qu’aux autres. Ajouter le reproche à la douleur, c’est le plus sûr moyen de lui faire détester l’écriture.

Ce que vous pouvez faire ce soir

Masser

Massez-lui les mains et le poignet, avec vos doigts ou avec une petite balle. C’est simple, ça se fait en quelques minutes avant les devoirs, et ça détend des muscles qui travaillent en permanence.

Faire travailler les doigts

C’est le fond du problème : des doigts qui manquent de mobilité. Et cela se travaille en dehors des devoirs, sans que l’enfant ait l’impression de retravailler l’écriture.

  • Cuisinez avec lui. Malaxer, couper, découper, rouler : la pâte fait tout le travail à votre place.
  • Faites-lui attraper de petits objets du bout de l’index et du pouce. C’est précisément le geste qui manque quand le pouce appuie à plat.
  • Faites la gym des doigts.

Regarder la posture et la position de la feuille

Avant de corriger les doigts, regardez l’ensemble : comment il est assis, où est posée sa feuille, comment sa main est placée par rapport à la ligne. Une main mal installée oblige les doigts à compenser, et c’est là que naissent les tensions.

Changer de stylo

Privilégiez un stylo gel ou un porte-mine. Les stylos à encre coulent moins bien, et un stylo qui accroche oblige l’enfant à appuyer davantage.

S., 10 ans, six séances

S. a 10 ans, il est en CM2. Il tient son crayon en prise palmaire (à pleine main), presque à la verticale. Son pouce ne bouge pas du tout, et il écrit avec le poignet au lieu des doigts. D’où les douleurs.

Sa maman ne demandait pas une belle écriture. Elle demandait deux choses : que son fils n’ait plus mal, et qu’il écrive assez vite pour l’entrée en sixième.

En six séances : une tenue tripode (à trois doigts) nettement plus détendue, un pouce redevenu mobile, et une fluidité qui a permis d’atteindre la vitesse attendue.

Quand consulter

Le plus tôt possible.

Ce n’est pas de l’impatience : au fil de la scolarité, la vitesse d’écriture attendue ne cesse d’augmenter. Un enfant qui a mal et qui écrit lentement en CE2 se retrouve, quelques années plus tard, à ne plus pouvoir suivre le rythme de la classe. Plus la prise en charge est précoce, plus elle est courte et plus les progrès sont nets.


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