Votre enfant écrit mal, l’enseignant vous l’a signalé, et vous cherchez qui appeler. Le nom qui vient en premier est presque toujours le même : l’orthophoniste. Parfois l’ergothérapeute, quand on vous en a parlé autour de vous.
Le mot « graphothérapeute », lui, vous ne l’avez sans doute jamais entendu. C’est la situation que je rencontre à presque tous les premiers rendez-vous. Les familles arrivent en sachant ce qui ne va pas, mais sans savoir que ce métier existe.
Cet article est là pour vous éviter de chercher à l’aveugle. Il ne dit pas qu’un professionnel vaut mieux qu’un autre. Il dit ce que chacun prend en charge, pour que vous puissiez reconnaître la difficulté de votre enfant dans l’une de ces descriptions et vous adresser à la bonne personne du premier coup. Si vous ne savez pas encore si ce que vous observez est sérieux, l’article sur ce qu’il faut regarder quand votre enfant écrit mal vous donnera les signes concrets.
Pourquoi c’est l’orthophoniste qu’on appelle en premier
Ce réflexe est logique. L’orthophonie est le seul de ces métiers que tout le monde connaît, parce qu’il est présent dès la maternelle pour le langage oral, parce qu’il est remboursé, et parce que l’école l’évoque régulièrement.
Et dans beaucoup de cas, c’est le bon interlocuteur. L’orthophoniste prend en charge le langage écrit : la façon dont votre enfant associe les sons et les lettres, l’orthographe, la lecture, la compréhension de ce qu’il lit. Si la difficulté porte sur ce que votre enfant écrit, c’est-à-dire sur les mots eux-mêmes, alors vous êtes au bon endroit et vous pouvez vous y tenir.
La distinction tient en une question simple, et c’est celle que je pose au téléphone : est-ce que le problème porte sur ce qu’il écrit, ou sur la façon dont sa main trace ?
Pourquoi beaucoup d’enfants arrivent chez moi après un suivi orthophonique
Deux raisons reviennent, et aucune des deux n’est un reproche.
La première est le délai. Les orthophonistes ont des listes d’attente longues, partout, et une famille qui appelle en septembre commence rarement avant plusieurs mois. Pendant ce temps, l’enfant continue d’écrire tous les jours, et sa façon de tenir son crayon continue de s’installer. Si vous êtes dans le Var et que vous en êtes là, j’explique sur une autre page ce qu’il est possible de faire pour l’écriture en attendant l’orthophoniste.
La seconde est une question de priorité. Quand un enfant est suivi pour le langage écrit, c’est ce langage qui occupe légitimement les séances. L’écriture, au sens du geste, passe après. Elle n’est pas oubliée, elle attend son tour, et souvent elle attend longtemps parce qu’il y a plus urgent à traiter.
Le résultat est le même dans les deux cas : le suivi avance, les progrès sont réels sur l’orthographe et la lecture, et la main, elle, n’a pas changé. C’est à ce moment-là que les familles me trouvent, souvent parce qu’un enseignant ou une autre famille leur a donné le mot.
Et l’ergothérapeute ?
Je ne vais pas vous décrire le travail de mes confrères ergothérapeutes. Ce n’est pas à moi de le faire, je le ferais mal, et vous méritez mieux qu’un résumé de seconde main. Un ergothérapeute vous expliquera sa pratique bien mieux que moi.
Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est ce que je fais, moi, et à quoi ressemble une séance. Vous serez alors en mesure de comparer vous-même, en connaissance de cause, et d’appeler les deux si vous hésitez encore. Aucun professionnel sérieux ne prendra mal que vous posiez des questions avant de vous engager.
Ce que fait une graphothérapeute, concrètement
La graphothérapie s’occupe du geste d’écriture. Pas des mots, pas de l’orthographe : du mouvement de la main qui les trace.
Cela veut dire quatre choses très concrètes, que je regarde dans cet ordre :
- La posture. Comment votre enfant est assis, où sont ses pieds, ce que fait son dos et son autre bras.
- La tenue du crayon. La position des doigts, la pression exercée, ce que compense le poignet quand la prise est mauvaise.
- La position de la feuille. C’est le point que personne ne soupçonne, et c’est souvent celui qui débloque le plus vite.
- Le mouvement lui-même. La forme des lettres, la façon de les enchaîner, la fatigue qui arrive et à quel moment elle arrive.
Le travail consiste à reprendre ces quatre points dans l’ordre, parce qu’ils s’appuient les uns sur les autres. Une tenue de crayon ne se corrige pas durablement si la posture ne suit pas, et le geste ne s’allège pas si la feuille est mal placée. Une rééducation demande en moyenne sept à huit séances, espacées de trois semaines à un mois, et le déroulement complet est décrit sur la page à quoi s’attendre.
Ce qui change tout : vous êtes dans la pièce
C’est la différence la plus importante, et c’est celle dont on parle le moins.
Pendant les séances, les parents sont présents. Vous ne déposez pas votre enfant pour venir le rechercher trois quarts d’heure plus tard. Vous voyez les exercices, vous entendez pourquoi je les propose, et vous comprenez pourquoi la posture, la tenue du crayon et la position de la feuille comptent autant pour écrire mieux.
Cela sert à deux choses. D’abord, vous repartez en sachant quoi observer le soir, et vous n’êtes plus réduite à dire « applique-toi » faute de savoir quoi dire d’autre. Ensuite, les exercices continuent à la maison correctement, parce que vous les avez vus faire plutôt que lus sur une feuille.
La rééducation ne tient pas sur une séance par mois. Elle tient sur ce qui se passe entre les séances, et cela demande que vous sachiez ce que vous faites.
Quand ce n’est pas moi qu’il vous faut
Je préfère le dire ici plutôt qu’au premier rendez-vous.
Il arrive que je reçoive un enfant, que je fasse le bilan, et que je constate que la difficulté ne porte pas sur le geste mais sur le langage écrit lui-même. Dans ce cas, je le dis, et j’oriente vers un orthophoniste. Cela ne sert à rien de travailler la main d’un enfant dont le problème est ailleurs.
Il arrive aussi qu’après plusieurs séances, un enfant reste en difficulté. Quand le geste a été repris, que la posture est en place, que la tenue est corrigée, et que malgré tout cela l’écriture ne suit pas, c’est que quelque chose n’a pas été identifié. Je le dis également, et nous cherchons ailleurs plutôt que de continuer pour continuer.
Un professionnel qui ne vous dit jamais que ce n’est pas son domaine devrait vous inquiéter davantage qu’un professionnel qui vous oriente.
Par où commencer
Le plus simple est de partir de ce que vous observez, plutôt que du nom du métier.
Si votre enfant fait beaucoup de fautes, confond des sons, peine à lire, il faut appeler un orthophoniste. Si sa main se fatigue, s’il a mal, s’il tient son crayon d’une façon qui vous surprend, s’il est beaucoup plus lent que les autres et n’arrive pas à finir, c’est le geste qui est en cause, et c’est mon domaine.
Si les deux sont vrais en même temps, ce qui est fréquent, les deux prises en charge se complètent sans se gêner. J’ai détaillé comment elles s’articulent, et combien de temps cela demande réellement à une famille déjà chargée de rendez-vous, dans l’article sur la graphothérapie en plus de l’orthophonie et de la psychomotricité.
Et avant même d’appeler qui que ce soit, il y a des choses à vérifier chez vous. J’ai réuni dans un guide gratuit les sept observations que je fais pendant un bilan, avec une grille pour savoir s’il faut consulter.
En résumé
L’orthophoniste prend en charge le langage écrit : les sons, les lettres, l’orthographe, la lecture. La graphothérapeute prend en charge le geste : la posture, la tenue du crayon, la position de la feuille, le mouvement.
La question qui tranche est celle de savoir si la difficulté porte sur ce que votre enfant écrit ou sur la façon dont sa main trace. Si vous hésitez, un bilan répond à cette question précisément, et vous ressortez en sachant vers qui aller, même si ce n’est pas vers moi.
Questions fréquentes
La graphothérapie est-elle remboursée ?
Non, elle ne l’est pas par l’Assurance Maladie. Certaines mutuelles prennent en charge une partie des séances au titre des médecines complémentaires, et il faut leur poser la question directement.
Faut-il une ordonnance pour consulter ?
Non. Vous pouvez prendre rendez-vous directement, sans passer par un médecin.
Mon enfant est déjà suivi en orthophonie, dois-je attendre la fin du suivi ?
Non, les deux se mènent en parallèle sans se gêner, parce qu’elles ne travaillent pas la même chose. Le seul point à regarder est la charge que cela représente pour votre enfant et pour votre semaine.
À partir de quel âge peut-on consulter ?
À partir de la grande section de maternelle. À cet âge, il ne s’agit pas de rééduquer mais de préparer le CP : la posture, la tenue du crayon et le mouvement se mettent en place avant l’entrée dans l’écriture cursive.
Et si mon enfant est au collège, est-ce trop tard ?
Non. Le geste est plus installé, donc le travail demande davantage de régularité, mais il reste tout à fait possible de le reprendre.