On vous a parlé de dysgraphie, ou de dyspraxie, parfois des deux dans la même conversation. L’enseignant a employé un mot, un autre parent en a employé un autre, et vous êtes reparti avec deux termes qui se ressemblent et que vous ne savez pas séparer. En cherchant, vous avez trouvé des listes de signes qui se recoupent, et vous ne savez plus très bien ce qui concerne votre enfant.
Cette confusion est normale. Les deux mots commencent de la même façon, ils parlent tous les deux de la main, et ils se retrouvent souvent chez le même enfant. Ils ne désignent pourtant pas la même chose, et la différence compte, parce qu’elle décide du professionnel à consulter en premier et de l’aide qu’on peut apporter.
Si vous en êtes au tout début et que vous cherchez d’abord à comprendre pourquoi votre enfant écrit mal, cet article-là est le bon point de départ. Ici, je pars du principe que le mot de dysgraphie ou celui de dyspraxie a déjà été prononcé.
La dysgraphie : un trouble du geste d’écriture
La dysgraphie concerne l’écriture, et seulement l’écriture. L’enfant sait ce qu’il veut écrire, il connaît ses lettres, mais sa main n’arrive pas à les tracer de façon lisible, régulière et assez rapide.
Ce que vous voyez à la maison se trouve dans le cahier. L’écriture est difficile à relire, les lettres n’ont pas la même taille, les lignes montent ou descendent. Votre enfant est lent, il n’arrive pas à finir, et sa main fatigue ou lui fait mal au bout de quelques lignes. Il tient souvent son crayon de façon crispée, en appuyant fort.
Le point important est ailleurs. En dehors de l’écriture, tout se passe bien. L’enfant s’habille seul, fait ses lacets, joue au ballon, découpe correctement et construit ses jeux sans difficulté particulière. Le problème est localisé sur le geste d’écrire.
Une dysgraphie peut avoir plusieurs origines. Une tenue du crayon mal installée dès la maternelle, une posture qui ne donne pas d’appui, un passage à l’écriture attachée qui s’est fait trop vite, ou une difficulté plus profonde dans l’organisation du geste. Le bilan d’écriture sert justement à faire la part des choses entre ces causes.
La dyspraxie : un trouble de la coordination de tous les gestes
La dyspraxie est plus large. Vous lirez peut-être aussi « trouble développemental de la coordination », ou TDC, sur un compte rendu médical, car c’est le terme employé aujourd’hui. L’enfant a du mal à prévoir et à enchaîner ses gestes, tous ses gestes, et pas seulement ceux de l’écriture.
Ce que vous voyez à la maison dépasse donc largement le cahier. S’habiller prend du temps, les boutons et les lacets résistent bien après l’âge où les autres enfants y arrivent. Les couverts sont maladroits et le verre se renverse souvent. Le vélo, le ballon et la corde à sauter viennent tard, ou très difficilement. À l’école, le découpage, le coloriage, la règle et le compas posent problème, et la géométrie devient vite pénible.
Dans la dyspraxie, l’écriture est souvent touchée, parce que c’est l’un des gestes les plus fins et les plus complexes qu’on demande à un enfant. Mais elle n’est qu’une partie du tableau.
Certaines formes touchent surtout l’organisation dans l’espace. L’enfant se perd sur sa feuille, ne sait pas où commencer, mélange les colonnes quand il pose une opération et a du mal à lire un tableau. On parle alors de dyspraxie visuo-spatiale.
Pourquoi on les confond si souvent
Il y a trois raisons à cela.
La première est que l’écriture est le signe le plus visible. C’est ce que l’enseignant voit tous les jours, ce qui revient sur les cahiers et dans les appréciations du bulletin. Les difficultés pour s’habiller ou pour faire du vélo restent à la maison, et personne ne fait le lien avec l’école.
La deuxième est qu’un enfant dyspraxique a souvent une dysgraphie. Les deux mots désignent alors deux niveaux du même problème : la dyspraxie est la cause, et la dysgraphie est sa conséquence sur l’écriture. L’inverse n’est pas vrai. Un enfant dysgraphique n’est pas forcément dyspraxique, et beaucoup d’enfants qui écrivent mal n’ont aucune autre difficulté dans leurs gestes.
La troisième est que les listes de signes qu’on trouve en ligne se recoupent. La lenteur, la fatigue et l’écriture irrégulière se retrouvent dans les deux. Ce qui fait la différence ne se lit pas dans le cahier, cela se voit dans le reste de la journée.
La question qui fait la différence
Pour savoir de quel côté se trouve votre enfant, la question à se poser porte sur ce qu’il fait en dehors de l’écriture. Voici quelques repères, à observer sur plusieurs semaines plutôt qu’un soir de fatigue :
- s’habiller seul, fermer ses boutons et faire ses lacets, à l’âge où ses camarades y arrivent ;
- manger proprement avec une fourchette et un couteau ;
- découper en suivant un trait, colorier sans trop déborder ;
- attraper et lancer un ballon, faire du vélo ;
- ranger ses affaires, retrouver sa place sur une page, organiser son bureau.
Si ces gestes se passent bien et que seule l’écriture coince, on est plutôt du côté d’une difficulté d’écriture isolée. Si plusieurs de ces gestes posent problème depuis longtemps, il vaut mieux en parler à votre médecin, parce que la difficulté est peut-être plus large que l’écriture.
Ces repères ne remplacent pas un diagnostic. Ils servent à savoir à qui poser la question en premier.
Qui pose le diagnostic, et qui accompagne
Les deux parcours ne sont pas les mêmes.
Pour la dyspraxie, le diagnostic est médical. Il passe par le médecin traitant ou le pédiatre, qui oriente si besoin vers un neuropédiatre ou un centre spécialisé dans les troubles des apprentissages. Il s’appuie sur plusieurs bilans, psychomoteur, en ergothérapie et parfois neuropsychologique. L’accompagnement est souvent mené par un psychomotricien et un ergothérapeute, et il passe aussi par des aménagements à l’école, comme l’usage de l’ordinateur.
Pour une difficulté d’écriture isolée, le bilan d’écriture permet de mesurer la qualité et la vitesse de l’écriture de votre enfant, de comprendre d’où viennent ses difficultés et de savoir quoi travailler en premier. La rééducation porte ensuite sur le geste lui-même : la posture, la tenue du crayon, la position de la feuille et le mouvement.
Quand je vois au bilan des signes qui dépassent l’écriture, je le dis aux parents et je les oriente vers leur médecin. Ce n’est pas à moi de poser un diagnostic de dyspraxie, et je préfère vous le dire tôt plutôt que de travailler l’écriture d’un enfant dont la difficulté est plus large.
Un enfant dyspraxique peut aussi profiter d’un travail sur l’écriture, en complément de son suivi. Ce travail n’a alors pas le même but. Il s’agit de rendre l’écriture moins fatigante et plus lisible, pas d’en faire une belle écriture, et l’ordinateur prend souvent le relais pour les écrits longs. Le rôle de chaque professionnel est détaillé dans l’article sur qui consulter quand un enfant écrit mal.
Par où commencer
Avant toute démarche, quelques semaines d’observation aident beaucoup. Vous pouvez noter ce que vous voyez, à la maison et dans les cahiers, en séparant ce qui touche l’écriture et ce qui touche les autres gestes. Ces notes serviront au médecin comme au bilan, et elles vous éviteront de tout résumer de mémoire le jour du rendez-vous.
Pendant ce temps, certaines choses aident l’écriture quelle que soit son origine : une posture stable, un crayon adapté à la main de votre enfant, une feuille bien placée. Une pression trop forte sur le crayon se retrouve dans les deux cas, et elle épuise la main très vite. J’ai réuni dans un guide gratuit les sept observations que je fais pendant un bilan, dont le test simple pour savoir si votre enfant force trop sur son crayon.
En résumé
La dysgraphie est un trouble de l’écriture. La dyspraxie est un trouble de la coordination de tous les gestes, dont l’écriture n’est qu’une partie. Un enfant dyspraxique écrit souvent avec difficulté, mais un enfant qui écrit mal n’est pas forcément dyspraxique.
Ce qui permet de faire la différence, ce n’est pas son cahier, c’est le reste de sa journée. Si seule l’écriture coince, un bilan d’écriture est un bon point de départ. Si d’autres gestes posent problème depuis longtemps, c’est votre médecin qu’il faut voir en premier.
Questions fréquentes
Mon enfant peut-il être dysgraphique sans être dyspraxique ?
Oui, et c’est fréquent. Beaucoup d’enfants qui écrivent mal n’ont aucune difficulté dans les autres gestes du quotidien. Leur difficulté porte uniquement sur l’écriture, et c’est elle qu’il faut reprendre.
Un enfant dyspraxique écrit-il forcément mal ?
Pas forcément, mais c’est souvent le cas, parce que l’écriture fait partie des gestes les plus complexes. Le degré de difficulté varie beaucoup d’un enfant à l’autre, de la simple lenteur à une écriture très difficile à relire.
À partir de quel âge peut-on parler de dysgraphie ou de dyspraxie ?
On parle rarement de dysgraphie avant la fin du CP ou le CE1, parce que l’écriture doit d’abord avoir eu le temps de s’installer. Pour la dyspraxie, des signes peuvent apparaître dès la maternelle, et ils méritent d’être signalés au médecin sans attendre.
L’ordinateur est-il une solution ?
Pour un enfant dyspraxique, souvent oui pour les écrits longs, et il fait partie des aménagements scolaires possibles. Pour une dysgraphie isolée, il soulage mais ne remplace pas le travail sur le geste, parce que votre enfant continuera d’écrire à la main dans beaucoup de situations.
La dyspraxie se guérit-elle ?
La dyspraxie ne disparaît pas, mais avec un accompagnement adapté, l’enfant apprend à faire autrement et gagne beaucoup en autonomie. L’écriture, elle, peut nettement progresser, même si elle reste un geste qui lui demande plus d’effort qu’aux autres.