Votre enfant fait ses devoirs, et vous le trouvez tordu sur sa chaise. Il a la tête presque posée sur la table, un pied replié sous lui, la feuille de travers. Vous lui dites de se tenir droit, il se redresse, et deux minutes plus tard il est revenu exactement dans la même position.
La posture est souvent la première chose que les parents remarquent, et c’est normal : elle se voit de loin. Elle compte vraiment pour l’écriture, mais pas toujours de la façon qu’on imagine. Bien souvent, l’enfant ne se tient pas mal parce qu’il est avachi. Il se tient comme il peut, pour compenser une difficulté qui se trouve ailleurs.
Cet article décrit ce que je regarde chez un enfant assis pour écrire, et les réglages simples que vous pouvez faire à la maison. Si vous vous demandez plus largement pourquoi votre enfant écrit mal, la posture n’est qu’une des pistes, et l’article principal vous aidera à y voir plus clair.
Ce que je regarde en premier
Quand un enfant s’installe pour écrire devant moi, je ne regarde pas d’abord son dos. Je regarde sa tenue de crayon et la position de sa feuille.
Ce sont deux choses qui organisent tout le reste. Un enfant qui tient son crayon très bas, les doigts collés à la mine, ne voit plus ce qu’il écrit. Pour voir, il penche la tête, il tourne le poignet, et il finit le nez sur la feuille. Un enfant dont la feuille est mal placée doit tordre son bras pour atteindre la ligne, et son buste suit.
Avant de lui demander de se redresser, il faut donc regarder sa main. La posture est très souvent la conséquence, pas la cause. Les tenues de crayon qui entraînent ce genre de compensation sont décrites dans l’article sur la mauvaise tenue du crayon.
Les pieds : la base que personne ne regarde
Si vous regardez sous la table pendant que votre enfant écrit, vous verrez sans doute ses pieds partout, sauf à plat sur le sol. Les positions que je rencontre le plus souvent sont les pieds glissés sous la chaise, les pieds sur la pointe, un pied posé sur l’autre, ou les pieds accrochés aux pieds de la chaise.
Cela paraît sans rapport avec la main, et pourtant tout part de là. Des pieds bien posés donnent un appui au bassin, le bassin tient le dos, et un dos stable laisse l’épaule et le bras libres de bouger. Quand les pieds ne touchent rien, le corps cherche sa stabilité ailleurs, en général en s’appuyant sur l’avant-bras qui écrit, ou en se crispant. Un geste fin, comme celui de l’écriture, demande une base stable. Sans elle, l’enfant dépense une partie de son énergie à se tenir, et il lui en reste moins pour écrire.
Si ses pieds ne touchent pas le sol, ce n’est pas lui qu’il faut corriger, c’est la chaise. Un petit marchepied, une boîte solide ou une pile de gros livres sous les pieds suffit. L’idée est que ses genoux forment à peu près un angle droit, avec les pieds à plat.
Le dos et la hauteur de la table
La table, elle, devrait arriver à peu près à la hauteur de ses coudes quand il est assis, les bras le long du corps. Trop haute, elle lui fait remonter les épaules, et la main se crispe. Trop basse, elle l’oblige à se pencher en avant et à s’écraser sur la feuille.
Le dos n’a pas besoin d’être raide comme un piquet. On cherche un dos droit sans effort, légèrement penché vers la table, avec les deux avant-bras posés. Un enfant à qui l’on répète « tiens-toi droit » se redresse en se raidissant, et il ne peut pas tenir cette position plus de quelques minutes. C’est l’installation qui doit le tenir droit, pas sa volonté.
La feuille : du côté de la main qui écrit, inclinée comme l’avant-bras
C’est le réglage le plus simple et l’un des plus efficaces, et pourtant presque personne ne le fait.
La feuille ne se place pas au milieu, face à l’enfant. Elle se déporte du côté de la main qui écrit, et elle s’incline dans le même sens que l’avant-bras. Pour un droitier, la feuille est donc décalée vers la droite et légèrement tournée, le haut de la feuille partant vers la gauche. Pour un gaucher, c’est l’inverse : la feuille est décalée vers la gauche, et le haut de la feuille part vers la droite.
Pourquoi ce réglage ? Parce que l’avant-bras peut alors glisser naturellement le long de la ligne, sans que le poignet ait à se casser. La main avance avec le bras, au lieu de tourner autour du poignet. Chez beaucoup d’enfants gauchers, la position du poignet en crochet, la main recourbée au-dessus de la ligne, vient justement d’une feuille placée droite et au milieu.
L’autre main a aussi un rôle. Elle tient la feuille, posée à plat, et l’empêche de glisser. Une main qui reste sur les genoux ou qui soutient la tête laisse la feuille bouger, et l’enfant compense avec son corps.
Enfin, quand l’enfant arrive en bas de la page, on remonte la feuille au lieu de descendre le bras. L’avant-bras garde ainsi la même position du début à la fin.
La lumière : du côté opposé à la main qui écrit
La lumière se place devant l’enfant, du côté opposé à la main qui écrit. Pour un droitier, la lampe ou la fenêtre est devant lui à gauche. Pour un gaucher, devant lui à droite.
La raison est simple : une lumière qui arrive du côté de la main qui écrit projette l’ombre de cette main exactement sur ce qu’il est en train d’écrire. L’enfant se penche alors pour mieux voir, ou il tourne sa feuille, et toute l’installation est à refaire. Ce n’est pas un détail. Un enfant qui ne voit pas bien sa ligne écrit moins bien, quels que soient ses efforts.
Pourquoi refaire des lignes et des lignes ne règle rien
Quand l’écriture d’un enfant inquiète, le réflexe le plus fréquent à la maison est de lui faire recopier des lignes. Des lignes de lettres, des lignes de mots, avec beaucoup de bonne volonté de part et d’autre.
Le problème est qu’on fait alors répéter le geste tel qu’il est, sans savoir ce qui le freine réellement. Si l’enfant écrit penché parce que sa tenue de crayon lui cache sa ligne, chaque ligne supplémentaire renforce la tenue et la posture qui vont avec. Il s’applique, il se fatigue, et rien ne change.
Il faut traiter le fond du problème avant de pouvoir soulager le reste. Une bonne installation aide toujours, et elle ne coûte rien. Mais si la difficulté vient de la tenue du crayon ou de la mobilité des doigts, la posture reviendra d’elle-même dans sa position de compensation, aussi souvent que vous la corrigerez. C’est aussi pour cette raison qu’il vaut mieux éviter de reprendre l’enfant à chaque ligne, un point développé dans l’article sur la façon de corriger la tenue du crayon sans le braquer.
Par où commencer
Commencez par l’installation, une fois pour toutes, plutôt que par des remarques. Les devoirs se font à une table, pas sur le canapé, sur le lit ou au comptoir de la cuisine, où rien de ce qui précède n’est possible. Ce soir, vérifiez simplement quatre choses :
- ses pieds sont à plat, sur le sol ou sur un support ;
- la table arrive à hauteur de ses coudes ;
- la feuille est décalée du côté de la main qui écrit, et inclinée comme son avant-bras ;
- la lumière vient de devant, du côté opposé à la main qui écrit.
Ensuite, regardez sa main avant de regarder son dos. Si, une fois bien installé, il revient toujours dans la même position tordue, c’est que sa posture compense autre chose, et c’est cette autre chose qu’il faut chercher.
Plutôt que des lignes à recopier, préférez quelques minutes d’exercices chaque jour. Et si vous voulez aller plus loin que la posture, j’ai réuni dans un guide gratuit les sept observations que je fais pendant un bilan, la posture en premier.
Si malgré une bonne installation l’écriture reste lente, douloureuse ou difficile à relire, un bilan permet de savoir précisément ce qui la freine, et de ne pas travailler au hasard.
En résumé
- La posture est souvent la conséquence d’une tenue de crayon ou d’une feuille mal placée.
- Les pieds à plat donnent au corps l’appui dont la main a besoin.
- La feuille se place du côté de la main qui écrit, inclinée comme l’avant-bras.
- La lumière vient de devant, du côté opposé à la main qui écrit.
- Refaire des lignes ne corrige rien tant qu’on ne sait pas ce qui freine.
Questions fréquentes
Faut-il acheter un bureau ou une chaise spéciale ?
Non. Un marchepied ou une boîte sous les pieds, et un coussin sur la chaise si la table est trop haute, suffisent dans la très grande majorité des cas. Le matériel compte moins que la façon dont l’enfant est installé.
Et pour un enfant gaucher, qu’est-ce qui change ?
Tout ce qui concerne le côté s’inverse. La feuille est décalée vers la gauche et inclinée dans l’autre sens, et la lumière vient de devant à droite. Pensez aussi à l’asseoir à gauche s’il partage la table avec un frère ou une sœur droitier, pour que leurs coudes ne se gênent pas.
Mon enfant se tient bien quand je le corrige, puis tout revient. Est-ce de la mauvaise volonté ?
Non. S’il revient toujours à la même position, c’est qu’elle lui sert à quelque chose : voir sa ligne, stabiliser sa main, soulager une crispation. Tant que cette raison est là, la posture reviendra. C’est le signe qu’il faut chercher la cause, pas insister davantage.
Une bonne posture suffit-elle à améliorer l’écriture ?
Elle aide, et c’est toujours la première chose à installer. Mais elle ne suffit pas quand la difficulté vient de la tenue du crayon, de la mobilité des doigts ou d’un geste qui n’est pas encore automatique. Il faut traiter le fond du problème avant de pouvoir soulager le reste.