Votre enfant écrit un b à la place d’un d. Son 3 regarde dans le mauvais sens, son 7 aussi. Parfois, c’est son prénom entier qui part de droite à gauche, comme s’il l’avait écrit devant un miroir. Vous le lui montrez, il le corrige, et le lendemain la même lettre est de nouveau retournée.
C’est une inquiétude très fréquente chez les parents, et elle mérite une réponse précise, parce que la même chose peut être tout à fait normale à cinq ans et devenir un vrai signal deux ans plus tard. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles un parent finit par se demander si son enfant écrit mal, alors que la question est d’abord celle de l’âge et du côté.
Cet article explique jusqu’à quand l’écriture en miroir fait partie de l’apprentissage, ce qu’elle dit de la latéralité de votre enfant, un test simple à faire chez vous, et le moment où il vaut mieux consulter.
Jusqu’en grande section, c’est normal
Écrire certaines lettres ou certains chiffres à l’envers fait partie de l’apprentissage. Jusqu’en grande section, c’est normal, et il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
À cet âge, l’enfant découvre que le sens d’un tracé compte. Pour un objet, ce n’est pas le cas : une chaise reste une chaise, qu’elle soit tournée à gauche ou à droite. Pour une lettre, c’est l’inverse. Un b retourné devient un d, et ce n’est plus du tout la même lettre. Il faut du temps pour que cette idée s’installe.
Au CP, la plupart des enfants ont trouvé leurs repères, et les inversions deviennent de plus en plus rares. Il en reste parfois quelques-unes, sur les lettres ou les chiffres les plus difficiles, et elles disparaissent en général au fil de l’année. C’est leur persistance au-delà qui doit attirer votre attention, et j’y reviens plus bas.
Les lettres et les chiffres qui se retournent le plus souvent
Les lettres les plus souvent inversées sont le b et le d, et le p et le q. Ce sont des lettres qui se ressemblent, et qui ne se distinguent que par le côté où se trouve leur rond.
Du côté des chiffres, ce sont le 3, le 5, le 6, le 7 et le 9 qui reviennent le plus souvent.
Dans les deux cas, la cause que je retrouve est la même : la latéralisation n’est pas encore posée. Pour savoir de quel côté tourne une lettre, l’enfant a besoin d’un repère stable, et ce repère, c’est son propre corps : sa main qui écrit, son côté droit, son côté gauche. Tant que ce repère hésite, le sens des lettres hésite avec lui.
Ce que cela dit de sa latéralité
La latéralité, c’est le côté du corps que l’enfant utilise de préférence : la main, mais aussi le pied, l’œil. Elle se construit pendant les premières années, et elle n’est pas toujours fixée au moment où l’enfant commence à écrire.
Un enfant qui écrit en miroir n’a peut-être pas encore tout à fait trouvé sa main scriptrice, celle avec laquelle il écrit. Vous le voyez parfois changer de main au milieu d’un dessin, ou prendre son crayon tantôt d’une main, tantôt de l’autre.
Être gaucher n’est pas la cause. Un gaucher qui sait quelle est sa main écrit à l’endroit comme un droitier. Un gaucher a d’ailleurs la même posture et la même tenue qu’un droitier, c’est seulement le mouvement qui change : le droitier écrit avec un mouvement d’ouverture, sa main s’éloigne de son corps au fil de la ligne, alors que le gaucher écrit avec un mouvement de fermeture, sa main revient vers son corps. L’installation de sa feuille et de sa lumière se règle en conséquence, comme je l’explique dans l’article sur la posture pour écrire.
Ce qui compte n’est donc pas la main choisie, c’est qu’elle soit choisie.
Le test du crayon posé au milieu
Voici un test très simple, que vous pouvez faire chez vous.
Placer un crayon au milieu, devant votre enfant, bien en face de lui, et regarder avec quelle main il l’attrape. Ne rien dire, ne pas lui tendre le crayon : le poser, simplement, et observer.
Refaire ce test plusieurs fois, sur plusieurs jours, et noter la main à chaque fois. S’il prend toujours le crayon de la même main, sa main scriptrice est probablement trouvée. S’il alterne, c’est le signe que sa latéralité n’est pas encore posée, et cela peut expliquer les lettres à l’envers.
Ce test ne remplace pas un examen de la latéralité, qui regarde aussi le pied et l’œil. Mais il vous donne une première indication, et il vous aide à décrire ce que vous voyez si vous consultez.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Le premier réflexe est de reprendre l’enfant à chaque lettre retournée. C’est compréhensible, mais il vaut mieux ne pas le gronder pour une lettre à l’envers. Il ne la retourne pas exprès, et il ne voit souvent même pas la différence. Mieux vaut lui montrer la lettre, et la refaire avec lui.
Le deuxième réflexe, plus ancien, serait de lui faire changer de main. Il faut au contraire le laisser écrire avec la main qu’il a choisie, sans jamais lui faire changer de main. Ce dont il a besoin, c’est que son côté se fixe, pas qu’on le choisisse à sa place.
Quand consulter, et qui
Si, en CE1, votre enfant écrit encore des lettres ou des chiffres en miroir, il est temps de consulter.
À ce stade, je conseille de voir une graphothérapeute plutôt qu’un orthophoniste. Ce n’est pas une question de hiérarchie entre les deux métiers : c’est que la difficulté est spécifique. Pour asseoir la latéralité, il faut travailler sur le corps, et c’est précisément ce que fait la rééducation de l’écriture. Si les confusions se retrouvent aussi en lecture, l’avis d’un orthophoniste garde toute sa place, et les deux prises en charge peuvent se compléter. Les rôles de chacun sont détaillés dans l’article orthophoniste, ergothérapeute, graphothérapeute : qui consulter.
Le bilan d’écriture comprend un examen de la latéralité. Il permet de savoir si le côté de votre enfant est posé, et ce qu’il faut travailler pour qu’il le devienne.
Par où commencer
Si votre enfant est encore en maternelle, vous pouvez simplement observer, sans le reprendre, et faire le test du crayon de temps en temps.
S’il est au CP ou plus grand, regardez aussi le reste de son écriture : sa posture, sa tenue du crayon, sa façon de copier. Les lettres à l’envers sont rarement le seul signe. J’ai réuni dans un guide gratuit les sept observations que je fais pendant un bilan, dont celle de la main et du côté qu’il utilise, pour que vous puissiez les faire chez vous et savoir par où commencer.
En résumé
- Écrire certaines lettres ou certains chiffres à l’envers est normal jusqu’en grande section.
- Les plus fréquents sont le b, le d, le p et le q, et les chiffres 3, 5, 6, 7 et 9.
- La cause la plus fréquente est une latéralisation qui n’est pas encore posée.
- Le test du crayon posé au milieu montre si l’enfant a trouvé sa main scriptrice.
- Si les inversions sont encore présentes en CE1, on consulte une graphothérapeute.
Questions fréquentes
Mon enfant est gaucher. Est-ce pour cela qu’il écrit à l’envers ?
Non. Ce n’est pas le fait d’être gaucher qui fait écrire en miroir, c’est une latéralité qui n’est pas encore fixée. Un gaucher qui a trouvé sa main écrit à l’endroit, avec la même posture et la même tenue qu’un droitier.
Il écrit son prénom de droite à gauche. Est-ce grave ?
En maternelle, non. C’est la même chose qu’une lettre retournée, à l’échelle d’un mot entier, et cela s’explique de la même façon. Si cela continue en CE1, c’est un signe à faire regarder, comme les lettres en miroir.
Est-ce un signe de dyslexie ?
Pas forcément. Écrire une lettre à l’envers est d’abord une question de côté et de geste. Si votre enfant confond aussi ces lettres en lisant, parlez-en à son enseignant et à un orthophoniste.
Faut-il le corriger à chaque fois ?
Non. Le reprendre à chaque lettre l’agace et ne règle rien. Mieux vaut lui montrer la lettre de temps en temps, et la refaire avec lui, sans en faire une affaire.